La peinture à travers les âges

Aussi loin que l’on puisse remonter l’homme a toujours peint. Depuis les temps préhistoriques où il se rendait dans les grottes pour peindre et sculpter les parois, se retrouvant parfois dans des positions très inconfortables ou bien hissé sur des échafaudages, il nous a laissé un témoignage de ce qui l’entourait et de ce qui comptait le plus à ses yeux. Aussi s’est-il mis à peindre de nombreuses scènes de chasse, utilisant à son compte les parois de la grotte pour représenter un animal. Son matériel provenait de matière animale ou végétale. Les poils des pinceaux étaient en crin de cheval.

  

      Vache et cheval polychromes - Grotte de Lascaux

A l’époque de l’ancienne Egypte, les peintres travaillaient surtout pour le pharaon et les prêtres. Ils peignaient sur du bois, de la pierre ou encore sur des rouleaux de papyrus. Les artistes peignaient les murs des tombeaux. Ils représentaient des scènes de vie. La peinture était alors appliquée à l'aide de tiges de roseaux dont l'extrémité était mâchée.

En Grèce, les peintures réalisées sur le bois ou sur les murs se sont bien évidemment effacées avec le temps mais il reste un certain nombre de décors visibles sur des vases en terre et sur les premières mosaïques. Les vases les plus anciens étaient décorés de motifs géométriques, puis la géométrie a laissé place aux silhouettes et enfin à des scènes de la vie quotidienne dont certaines d'entre elles représentaient des batailles ou les exploits des dieux. Les artistes composaient des mosaïques avec des morceaux colorés de pierre ou de verre qu'ils assemblaient avec du ciment.

En Chine, le peintre prenait le temps de préparer son matériel. Il était très soigneux. Lorsqu'il peignait en général sur un morceau de soie avec un pinceau de bambou et un bâtonnet d'encre, c'était avec une  grande souplesse dans le poignet qu'il faisait apparaitre, en quelques taits, des montagnes, des lacs, des rivières...

Avec l'encre de Chine, l'estampe japonaise a fait son apparition. Cette technique très ancienne permet d'imprimer des dessins après les avoir gravés sur des planches de bois. Quelques étapes sont nécessaires pour y parvenir : Réaliser d'abord un dessin à l'encre de Chine, creuser dans le bois pour faire apparaître le dessin en relief, recouvrir le dessin avec de l'encre, presser le papier sur l'encre avec un tampon. Le dessin apparaît sur le papier et il est alors possible de tirer plusieurs estampes en indiquant le numéro sur chacune d'elles.

Au Moyen-Age : les enluminures étaient réalisées par les moines qui illustraient la première lettre d'un paragraphe, la lettrine, avec des motifs géométriques, des animaux ou des personnages. Tout d'abord, il fallait préparer le parchemin puis copier les textes avec des plumes trempées dans de l'encre. Ensuite, le copiste traçait à la mine de plomb les contours de la lettrine puis avec une pointe, il appliquait la feuille d'or sur un enduit et passait une couleur obtenue à partir de pigments naturels qui donnaient au motif des couleurs éclatantes.  Cette étape terminée, il laissait sécher avant de passer une deuxième couleur. Pour finir, il traçait les contours avec de l'encre noire. De grands seigneurs commandaient des manuscrits élégants et raffinés pour enrichir leur bibliothèque.

       

Les vitraux des cathédrales étaient décorées par des spécialistes de l'art du vitrail qui mettaient en images et en couleurs les histoires des Saints. De nos jours, la technique est restée la même. Un maître verrier dessine le modèle, il indique sur un calque le tracé de chaque pièce du vitrail et prépare des calibres puis avec un diamant, il marque dans le verre, le contour de chaque pièce. Ensuite, il la détache à l'aide d'un marteau. Les pièces de verre sont assemblées avec des baguettes de plomb, dont une partie se rabat sur le verre, puis elles sont soudées entre elles. Le maître verrier n'a plus qu'à décorer le vitrail avec une peinture spéciale qu'il passe ensuite au four pour fixer les couleurs.

                                      

    Cathédrale de Chartres - Vitrail des apôtres - les boulangers

A l'époque de la Renaissance, le peintre dessinait sur un panneau préparé préalablement par des apprentis qui devaient broyer les couleurs en écrasant les pierres puis en mélangeant les pigments avec un liant comme par exemple du blanc d'oeuf et de l'eau, ils devaient également fabriquer les pinceaux en introduisant une touffe de poils d'écureuil dans un tuyau de plume ! 

Les meilleurs assistants étaient autorisés à peindre les paysages mais c'était le maître en personne qui exécutait les parties les plus délicates du tableau, comme le visage ou les mains par exemple.

En 1434, l'architecte Leon Battista Alberti rédige une livre intitulé "Della pittura" dans lequel il définit les lois de la perspective qui vont permettre de rendre sur un tableau plat les 3 dimensions de la réalité en donnant l'impression de profondeur. Il s'agit d'une illusion d'optique : les éléments dessinés diminuent à mesure qu'ils s'éloignent du spectateur et des lignes parallèles convergent vers un point unique. Pour accentuer l'effet de distance, les artistes se servent aussi de la couleur. (On attribue néanmoins la découverte de la perspective à Brunelleschi en 1425 soit 8 ans avant la sortie de Della pittura).

L'un des génies de la Renaissance, dont on parle beaucoup est Michel-Ange (1475-1564). Il serait rentré à l'âge de 13 ans en qualité d'apprenti dans l'atelier de Domenico Ghirlandaio, et aurait été le meilleur artiste de Florence. Comme tous les apprentis, Michel-Ange doit être capable de seconder son maître le plus vite possible. Il s'initie à différentes techniques dont celle de la fresque, et travaille son dessin en copiant les oeuvres des artistes florentins.  Très rapidement remarqué pour ses dons précoces, à Rome, le pape Jules II lui demande d'orner la chapelle Sixtine de fresques. Michel-Ange y travaillera pendant quatre ans. Les premiers mois de travail furent consacrés à la réalisation sur carton des dessins de la fresque qui furent reportés ensuite sur la voûte puis peints.

         

D'autres peintres ont marqué la Renaissance italienne comme Raphaël (1483-1520). Grand rival de Michel-Ange, il a réalisé de multiples tableaux et fresques commandés par les plus riches italiens. Raphaël recherchait une harmonie "idéale" et des couleurs plus délicates que celles utilisées par Michel-Ange. N'oublions pas également le peintre Titien (1488-1576) qui parcourant toute l'Europe, réalisait de nombreux portraits qui faisaient son succès. Il transformait les couleurs en véritables tâches lumineuses.

                                  

La Sainte Famille et l'agneau - Raphaël             François 1er - Titien

La Renaissance en France est marquée par l'arrivée à Fontainebleau de deux peintres italiens Rosso et Primatice à la demande de François 1er qui les avait remarqués lors de son séjour en Italie. La présence de ces artistes italiens à la cour met en valeur le roi et son pouvoir. Ils décorent le château d'images qui représentent la vie du souverain et ses qualités. Avec les artistes qui les entourent, ces peintres forment un groupe appelé "la première école de Fontainebleau". A la fin du 16ème siècle, un nouvel atelier constituera la seconde école de Fontainebleau, formée cette fois de Français et de Flamands, mais toujours influencée par l'art italien. (François 1er fera également venir Leonardo da Vinci en 1516 !).

 Arcimboldo (1527-1593), qui était un peintre très populaire à son époque, a été par la suite un peu oublié puis redécouvert au XIXème siècle et admiré par les peintres surréalistes comme Salvador Dali. Arcimboldo ne peignait plus sur un panneau de bois, comme les peintres d'autrefois mais sur une toile, plus légère à transporter.  L'artiste a peint plusieurs portraits, dont un pour chaque saison et de chaque élément : L'eau, la terre, l'air et le feu. Ces tableaux originaux et d'un genre nouveau sont très fréquemment étudiés par les enseignants des écoles primaires.

   

 Printemps                    Eté                    Automne                Hiver           

Au 17ème siècle, c'est la fin des guerres de Religion. Un nouveau genre se développe : le baroque. Le style baroque naît en Italie où l'on commande des oeuvres et de grands décors pour orner les églises. Il s'agit d'un art du mouvement et de l'illusion qui doit susciter l'émotion. Il séduit aux Pays-Bas où les ateliers d'artistes se multiplient. Une école se forme à Anvers autour de Rubens (1577-1640). Sa peinture est dynamique et les couleurs de ses toiles sont chaudes. Son atelier devient le plus fréquenté d'Europe.

          

                       L'Apothéose d'Henri IV - Rubens

La première moitié du siècle est influencée en France par le style du Caravage. Les contrastes d'ombre et de lumière, l'observation des gens du peuple se retrouvent chez plusieurs artistes. Georges de La Tour (1593-1652) peint des scènes de famille où de modestes gens représentent les personnages de la Bible se découpant dans l'ombre à la lueur d'une bougie. Cet effet de lumière est appelé "luminisme".

                            

                   Saint Joseph, Charpentier - 1643

Sous l'impulsion du roi Louis XIV, Paris devient un centre artistique puissant dont le plus grand représentant est Nicolas Poussin (1594-1665) qui travaille à Rome. En marge du courant baroque, nous avons donc l'art classique français. Nicolas Poussin invente l'art du paysage classique et peint une nature où il met en scène des épiqodes historiques ou religieux. Ses oeuvres sont très appréciées à Paris où il compte beaucoup d'amis et de clients.

               

         L'automne (ou la grappe de la terre promise) - Poussin

L'Académie royale de sculpture et de peinture fondée par Louis XIV organise chaque année une exposition officielle, appelée "Le Salon" car les tableaux sont accrochés dans le salon Carré du Louvre. Les peintres y présentent leurs meilleures oeuvres et les gazettes (les journaux de l'époque) font des comptes rendus de ce qu'ils y ont vu : c'est le début de la critique d'art. Ecrivains, journalistes et philosophes donnent leurs avis. Les oeuvres qui ne correspondent pas aux goûts de l'époque sont rejetées. Les artistes s'efforcent de plaire au public à cette occasion, dans l'espoir de vendre leurs toiles. L'Académie, qui veut préserver la tradition de la grande peinture française surveille les sujets des tableaux exposés. En 1767Fragonard se voit retirer deux de ses toiles au Salon car les sujets avaient été jugés trop légers.  

      

     L'escarpolette - Fragonard                       Les Trois Grâces - Fragonard

A partir de la Révolution française (1789) et jusqu'à la moitié du 19ème siècle, plusieurs courants de peinture s'expriment. Le "néoclassicisme" lié à l'admiration des artistes pour l'Antiquité romaine puis le "romantisme" qui bouleverse la tradition et qui naît du désir de liberté et d'égalité. Le premier des peintres romantiques français est Géricault (1791-1824). Inspiré de l'histoire vraie d'un naufrage, le "Radeau de la Méduse" provoque des émotions très fortes, enthousiasmant ses amis et scandalisant les peintres classiques.

            

                         Le Radeau de la Méduse - Géricault

Vient ensuite l'époque des impressionnistes avec Claude Monet, époque pour laquelle j'ai déjà consacré une rubrique spéciale. Dans tous les tableaux des peintres de cette époque, la lumière joue un rôle déterminant. Les impressionnistes refusant en bloc les sujets héroïques, les couleurs tristes et le travail en intérieur.

                                  

                   Degas - l'étoile ou la danseuse sur scène

Le post-impressionnisme est un nom donné aux courants qui suivent la vague impressionniste. A partir de 1884, beaucoup d'artistes rejettent en effet la spontanéité des impressionnistes et défendent une peinture plus construite. C'est le cas de Gauguin (1848-1903) qui part à Tahiti où il est ébloui par la beauté exotique de l'île. Il choisit des couleurs vives qu'il applique de façon uniforme. Quant à Seurat qui s'attache à l'analyse scientifique de la lumière, il est le chef de file du courant pointilliste.  

                        

           Gauguin - Autoportrait                     Le cirque - Seurat

L'art moderne fait son apparition dans les années précédant la Première Guerre Mondiale. Les peintres cherchent de nouvelles formes d'expression pour leur peinture. Ils expérimentent des emplois différents de la couleur, de la représentation et parviennent ainsi à l'abstraction. La peinture abstraite cherche à exprimer les émotions sans passer par le réel, tel ce tableau de Kandinsky (1866-1944) peint en 1910. Après la guerre, ayant ainsi ouvert la voie à l'art moderne, beaucoup d'artistes reviennent à une figuration plus accessible au public.  

                             

                           Kandinsky - Sur Blanc II

Lors d' une exposition au Salon d'automne de 1905, le fauvisme est un nom donné à la peinture de jeune peintres qui se sont faits remarqués par leurs toiles flamboyantes dues à l'utilisation de couleurs pures. Les peintres les plus connus de ce courant sont Matisse (1869-1954), Derain (1880-1954) et Vlaminck (1876-1958). En effet, à la vue de ces tableaux regroupés dans une même salle, le critique Louis Vauxcelles aurait comparé l'endroit à "une cage aux fauves". Le terme est resté et fait de Matisse le chef de file du Fauvisme.

                             

              La Tristesse du Roi - Matisse - 1952

Plus récemment, Picasso, qui était peintre, sculpteur et dessinateur nous révélait qu'il lui avait fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant. Passionné par les masques africains, il transformait petit à petit les visages en masques. Il cherchait des formes simples, avec des angles et des lignes brisées et inventa le cubisme. Les visages ont plusieurs facettes, comme dans le tableau intitulé "Fillette au bateau".

                         

Enfin les surréalistes tels que Magritte et Miro qui font partie d'une groupe de peintres et de poètes qui rêvent, imaginent et nous surprennent :

Dans le tableau Golconde de Magritte, on peut voir des bonshommes habillés comme l'était souvent le peintre. Ils se ressemblent tous et tombent du ciel en bonshommes de pluie.

             

                    Golconde - René Magritte - 1953

Dans le carneval d'Arlequin de Miro, qui est considéré comme l'oeuvre majeure de cette époque, Arlequin est caché parmi de drôles de personnages, on le reconnaît aux losanges sur son costume.

             

    Le Carnaval d'Arlequin - Joan Miro - 1924/1925

A partir des années 1960, le Pop Art : les hyperréalistes prennent pour modèle les photographies qu'ils projettent ou impriment sur la toile pour les reproduire. Le pop art met en scène avec humour des éléments de la réalité quotidienne. Son principal représentant Andy Warhol (1929-1987) décline des photographies de personnalités, des boîtes de soupe, des dollars... dans des couleurs vives et variées grâce à la technique de la sérigraphie.

       

Aujourd'hui encore, la peinture ne cesse d'évoluer, on peut même la trouver sur les murs de nos villes...

Mais sur la toile, chacun essaie de mettre ce qu'il ressent, ses émotions, ses joies et ses peines. Monet en tant que visionnaire pensait déjà que "l'artiste devait peindre ce qu'il voulait", "peindre ce que l'on ressent et non plus ce que l'on voit".

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